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Tout son être est caractérisé par une extrême bonté...
Josef Goebbels parlant d'Adolf Hitler

     

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Hitler et Saint Francois
Bois peint, os, Mauser 98, siège de tracteur, stahlhelm 1916, yeux artificiels et or.
H.227, L.80, P.70 cm (2007).
 

L'auteur de cette intéressante sculpture pivotante, monument transportatif, s'est attelé une fois de plus (No 79 et No 84) à l'entreprise délicate et hasardeuse de vouloir à tout prix faire figurer dans la même œuvre deux sujets assez dissemblables en prétextant un rapport étroit.
Cette fois-ci, semble-t-il, avec plus de succès.
Il s'agissait pourtant d'une sérieuse gageure à vouloir associer deux des individus les plus éminents de l'histoire des hommes, dont la morale était aux plus absolus antipodes, en prétextant que seule une infime différence de connexion chimique sépare Hitler de Saint-François d'Assise. Tous deux mammifères du genre humain, avec une enfance où une mère les aimait. Un détail minuscule de leur système nerveux les différenciait pourtant, et faisait que l'un ne pouvait être l'autre, ni l'autre l'un. Et c'est le sujet de cette sculpture.
François d'Assise fut, dit-on, insurpassable dans son insondable bonté, reconnue même des loups, dont il apprivoisa un des plus désagréables. Hitler dut se contenter d'un chien-loup. On ne fait pas, prétendait un écrivain protestant français, de bonne littérature avec de bons sentiments. Ainsi en est-il, peut-être, de la sculpture. Nous préfèrerons donc laisser François à sa sainteté bien connue pour nous étendre plus volontiers sur le sinistre Adolf, monstre au verbe stupéfiant et à la vie si étrange.
Ancien habitué des asiles de nuit viennois et grand aventurier, artiste médiocre et prodigieux orateur, obscur bien qu'héroïque troufion, il devint le génie militaire qui révolutionna l'art de la guerre au XXème siècle. Il inventa aussi un ordre politique ultramoderne et immonde, mais ni plus ni moins que l'ordre stalinien.
Maître de l'Europe pendant quatre ans, il fut heureusement écrasé avant que la technologie nazie – qui réussit à projeter les Volkswagen sur toute la Terre et des hommes sur la Lune – ne trouve l'arme totale pour la guerre totale.
Adolf Hitler a élaboré et porté à une certaine perfection, dans les douze années de son règne, un système techniquement incomparable d'assassinat d'immenses foules d'innocents. La vie humaine, au regard de sa trajectoire, n'ayant aucune valeur il atterra son état-major, muet, en décidant, impassible, de la mort sans aucun avantage stratégique de trois cent mille soldats allemands lors du désastre de Stalingrad.
Son seul concurrent contemporain dans l'extermination sado-politique à cette échelle fut Staline, qui fit périr, sur une plus longue période il est vrai, deux fois plus de millions de malheureux d'une balle dans la nuque, ou d'épuisement, ou de coups, ou de faim, ou de tout cela réuni, dans les camps de la Kolyma, sous la neige glacée.
Le système policier et concentrationnaire de Beria, bien que cruel et implacable, n'eut jamais l'efficacité de celui de Himmler. Les ordres de Hitler portant sur la liquidation industrielle d'opposants politiques, de minorités diverses, et avant tout de Juifs raflés dans toute l'Europe font de lui, pour l'auteur de cette sculpture, le plus monstrueux de tous les tyrans, de tous les grands meurtriers que la terre ait jamais portés, l'anti-Saint François d'Assise. C'est ce que nous eûmes, au XXème siècle de plus proche du Diable, armé d'un immense pouvoir. On peut toutefois rappeler le vieux dicton Le Diable porte pierre : ceux qui le purent, grands esprits, grands artistes, grands créateurs, s'enfuirent. Ainsi Hollywood, sans Hitler, n'aurait pas été aussi grand…
Le sculpteur a préféré le montrer ici tel qu'il fut, terne petit feldgrau du régiment List, dans une tranchée de la Somme, à Fromelles, au matin du 20 juillet 1916, face à la 5ème division australienne. Il observe le no man's land grâce à un périscope de fortune. Agent de liaison toujours volontaire pour les missions les plus dangereuses, les photographies de cette époque le montrent encore plus anonyme que ses camarades. On dit qu'en attendant les ordres il piaffait d'impatience, tel un cheval, à l'idée de courir bientôt porter un pli à travers les trous d'obus sous les shrapnels, dont le plus petit aurait pu éviter Auschwitz. Son courage lui valut la Croix de fer de 1ère classe, ce qui l'autorisa plus tard à légitimer son autorité de chef suprême de la Wehrmacht.
L'auteur a toujours été profondément troublé par l'histoire extraordinaire, invraisemblable dans le plus fou des romans, de ce petit caporal de rien du tout, comme il y en avait une centaine de mille, qui de l'aveu même de son capitaine ne put devenir sous-officier car il n'avait aucun don pour le commandement.
C'est le même petit caporal, si peu doué, qui se permet quelques vingt ans après de pulvériser l'armée française en trois semaines.
Pour terminer, notons l'état dans lequel pouvait le mettre, en mars 1944, la simple évocation de la situation réelle sur le front russe :
Avec des gestes nerveux, il se gratta la nuque jusqu'au sang, se rongea les ongles et s'arracha les peaux des ongles avec les dents…


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