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Pietàbolide.

 

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Bois peint, laiton, acier, résines et fibranne.
H.158, L.140, P.100 (2004).
 

On a beaucoup parlé de cette Pietà, au début des années quatre-vingt-dix, et je dois dire qu’elle nous a, personnellement, intrigué.
À la suite d’une rencontre fortuite dans une blanchisserie, l’artiste avait offert de nous recevoir pour nous expliquer les raisons — d’après lui complexes — qui l’avaient poussé à entreprendre cette sculpture. Il devait nous téléphoner très rapidement pour nous fixer un rendez-vous à son atelier, mais rien ne vint et huit ans s’écoulèrent. Nous avons donc décidé de nous passer du sculpteur pour parler de son œuvre.
Nous avons, heureusement, deux importants entretiens parus assez récemment où Jean-Louis Faure évoque sa vie pittoresque et son riche parcours artistique. Il ne paraît pas tenir sa Pietàbolide, qu’il cite peu, pour une œuvre majeure et se contredit sur ses origines. Dans l’entretien un peu touffu, mais intéressant, paru dans deux numéros du Figaro Magazine durant l’été 1999 il confie à Dominique Noguez que c’est la Pietà de Saint-Pierre de Rome, par Michel-Ange, qui lui inspira sa sculpture.
Malheureusement, en janvier 2000, dans le New-York Review of Books, il parle à John Updike de la célèbre Pietà de Villeneuve-lès-Avignon, d’Enguerrand Quarton, et non de Michel-Ange.
Souci de brouiller les pistes, confusion mentale, ou atteintes de l’âge ? Les confidences d’intimes laissent entendre qu’il néglige de plus en plus son atelier pour végéter devant des jeux télévisés.
Il est devenu difficile d’imaginer que cet homme revêche et replié sur lui-même fut autrefois un être ouvert, délicat, et drôle.
Il faudra donc nous passer de lui pour évoquer cette sculpture, sans être persuadé qu’elle en vaut vraiment la peine.
En effet, de quoi s’agit-il ?
Une femme, — vierge, comme il se doit pour une Pietà — pleure à chaudes larmes sur son enfant mort, pressé contre son sein.
Jusque-là, rien que de très normal.
Mais, curieusement, elle est nue et un gros poisson à l’œil vitreux figure son enfant. Il paraît très lourd pour elle, et nous remarquons que l’extrémité de sa queue est ployée par le vent de la course, tandis que la noire chevelure de sa mère ondule élégamment dans le sillage de sa tête, imposé par une vélocité impressionnante. Car cette Pietà semble se déplacer à toute vitesse sur une sorte de table roulante, puissamment aérodynamique, et ses pieds sont fermement plaqués sur ce qui paraît être le tableau de bord du véhicule, qui semble pilotable grâce à un petit volant. Mais peut-on conduire les bras encombrés et les yeux fermés ? Le plateau de verre peint, solidement établi entre quatre pieds de bois massif, équipés de robustes roues aux pneus de caoutchouc noir, ressemble à l’enseigne d’une poissonnerie des années vingt. L’auteur a voulu sans doute suggérer, sans beaucoup de finesse, que l’aboutissement logique d’une vie de poisson capturé était ce triste cimetière à fins commerciales car gastronomiques.
Ce qui nous a le plus surpris, lorsque cette œuvre fut connue du grand public grâce à une carte postale largement diffusée, c’est le silence de l’Eglise, sans doute soucieuse de ne pas donner de publicité supplémentaire à cette provocation voulue.
Il fut un temps, bien lointain il est vrai, où l’assimilation du Christ descendu de la Croix à un poisson mort aurait fait scandale — suite fâcheuse de l’ignorance de la symbolique paléochrétienne, que cet artiste tente de réhabiliter. Souhaitons lui bonne chance.
Nous ne croyons pas urgent, après cette évocation succincte, d’épiloguer plus avant. La postérité, si cette sculpture le mérite, s’en chargera. Mais nous en doutons, hélas.


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